Lundi 19 mai 2008

Après une séance shooting de portraits pour tester mon appareil photo lors d'une manifestation, je me concentre désormais sur mon objectif: le treck vers le Machu Picchu.

Les courses sont faites. Sur mon lit sont entassées toutes mes provisions. Du lait en poudre pour les céréales du matin, aux nouilles chinoises par dizaines. D'ici peu mon sac comprendra une cuisine, une chambre à coucher, une salle de bain, bref je porterai pendant 10 jours ma maison sur le dos.

Tout est prêt ! Le moment est venu.

Le bus m'emmène au debut de mon périple. Malheureusement il faut encore prendre une voiture pour faire les 16 km qui manquent pour relier Cachora, point de départ de mon expedition. Un chauffeur m'annonce le tarif: 10 Soles ou j'attends 2 heures qu'il y ait du monde pour partager les frais. Ni une, ni deux, je hisse mon sac non sans peine sur mes épaules et commence le chemin 16km plus tôt que prévu.
A peine 10 minutes de marche, un raccourci qui ralonge et tres vite je m'essoufle et me fatigue vu l'allure adoptée.
Je rejoins finalement la route. Autant je marcherais à l'infini sur des chemins étroits, dans des jungles, des forêts ou des vallées, autant marcher au bord d'une route ôte de suite tout attrait au périple. J'arrête et monte dans une voiture qui me propose Cachora à moitié prix. 
Me voila ici depuis 30 minutes à peine et déjà, les Andes m'enseignent les premières leçons. Je me contenterai de trouver mon rythme et de le respecter, quant aux raccourcis, si je ne tiens pas à me perdre dans la Cordillère, je devrai faire preuve de rigueur, de logique et si cela ne suffit pas, d'un grand sens de l'observation pour trouver mon chemin.
Leçon 1: Ne pas présumer de ses forces.

Cachora, 14h,
J'entame enfin mon périple, je suis en pleine forme et extrêmement confiant. Je porte ma maison sur mon dos, rien de grâve ne peut m'arriver, où du moins je me sens capable de résister à tout imprévu.
J'entame le chemin en compagnie d'un paysan. Apres avoir accepté des feuilles de coca, il se donnera beaucoup de mal à me faire comprendre quel chemin prendre. Je suis gêné. J'aimerais comprendre avant qu'il ne s'énerve, mais son absence de dents et le fait qu'il parle Quechua, non espagnol, ne facilite pas la compréhension (le Quechua ayant des sonorités plus proches de l'arabe que de l'espagnol). Je me concentre sur ses gestes, jusqu'à ce qu'il montre sa main gauche en m'indiquant clairement "direta" (droite). Hum, je cesse tout effort, acquiesce poliment et m'empressse d'oublier ses conseils flous.

Je marche gaiement, perdu dans mes pensées en embrassant ce formidable sentiment de liberté. Malgré mes 20 kg de sac, je me sens léger, j'avance, je fais de ma vie ce que je voulais qu'elle soit. Je suis seul dans ces montagnes par choix et je me retrouve.
En chemin, je croise de nombreux animaux, certains s'enfuient, d'autre s'écartent comme cette vache et certains restent en plein milieu du chemin comme ce taureau qui semble me défier de passer. Voilà bientôt 3 heures que je marche et la nuit tombera d'ici une heure lorsque je rencontre un troupeau d'animaux, ânes, chevaux, vaches et taureaux. C'est malheureusement le taureau qui a choisi de rester planté là. Peu accoutumé à ce genre d'animal, je me méfie. Je dois cependant passer quoi qu'il en coûte. Je décide de ne pas le quitter des yeux et d'avancer le plus doucement possible. Je m'approche, nous nous fixons. Je m'approche de plus en plus près et le plus discrètement possible à gauche de la route sur ce plan incliné. Au moment où je sens pouvoir le passer, mon pied se pose sur cette maudite bouse. Bouse plus plan incliné plus mon sac sur le dos, me voila perdant l'équilibre et tombant dans un vacarme non retenu juste sous le nez du taureau. Bien joué !
Heureusement pour moi, l'animal ou plutôt les animaux ont eu plus peur que moi et se sont enfuis dans toutes les directions au galop !
(Ce n'est plus ce que c'était les taureaux ! :-) )
Voila donc ma première rencontre avec la faune locale, que j'aborderai avec plus d'aplomb la prochaine fois.
Leçon 2: Ne pas craindre les animaux.
Je plante enfin ma tente, fais un feu alors que la nuit tombe sur les Andes. Sur l'autre versant j'aperçois 3 foyers au loin.
Alors que je m'endors tranquillement des bruits étranges me font tendre l'oreille. Quelqu'un souffle très fort. Les pierres du foyers s'entrechoquent, sont retournées. Les bruits de museaux sont de plus en plus fort. Il n'y a plus de doutes, je suis entouré par une horde de cochons sauvages ou de sangliers.
Je parviens à m'endormir au milieu de cette faune. 1h30 du matin, je me réveille et on arrache maintenant de l'herbe juste à côté de mon oreille, puis on mastique bruyamment... Me voilà désormais au milieu de vaches. Zzzzzz
Au petit matin, quand le soleil dépasse des montagnes, en passant ma tête endormie par la tente, j'aperçois à 2 m et de parts et d'autres de ma tente 3 vaches paisiblement installées, veillant sur cette bizarrerie qui occupe visiblement leur champs. Je note que l'une d'elle à allègrement mastiqué ma chaussette de la veille qui pendait à ma tente et que je retrouve couverte de bave et d'herbe écrasée. :-)

Hier j'ai marché à une allure supérieure à 4km/h et il n'y a que 32km pour accéder aux ruines de Choquequirao. Selon mes calculs j'arriverai largement plus tôt que prévu. Mais j'ignorais ce qui allait m'attendre.
Passé le km 13, commence une descente vertigineuse, annonciatrice d'une montée encore plus difficile.
800 mètres de dénivellé m'attendent une fois le col passé.
Il est à présent 11h et la chaleur devient insupportable. Je continue à descendre. Midi, je fonds sur place. 13 heures et j'arrive enfin à un village où je me repose à l'ombre, enfin de l'ombre... Dans 40 minutes normallement je rencontrerai une riviere dans laquelle je pourrai me baigner, je continue donc. J'arrive au pont et on m'annonce que la rivière est interdite de baignade, trop dangeureuse... Grrrr, Heureusement, je trouve de quoi me doucher, je me repose, je mange et écoute les conseils d'un local quand au chemin qui m'attend.
Pas de quoi trainer, je décide de remonter l'autre versant à présent que le soleil est moins fort.
La descente m'a épuisée, l'altitude me coupe le souffle et mon sac me tire vers l'arrière. Cette montée est un suplice compte tenu de mon manque d'excercice. J'avance comme un escargot, mais j'avance, si bien qu'à la tombée de la nuit, j'arrive à un village perdu, Santa Rosa.
Leçon 3: En montagne, rien ne sert de courir, il faut partir à point.
Finallement, je ne suis pas si seul dans ces montagnes. Mais ce chemin n'est foulé touristiquement que jusqu'à Choquequirao, après quoi il devient désert. Je savoure une bière et me douche grace à un filet d'eau en contre bas du village.
Nuit de repos tranquille et je repars tôt le matin pour finir la montée en profitant de l'ombre de la montagne.
Départ 7h. Il est 11 heures lorsque j'arrive à Marampata, village symbolisant la fin de la montée. Je n'avance pas vite à cause de mon sac, ce que je compense en réduisant les pauses au minimum vital.
Me voila bientôt arrivé au campement proche des ruines, utilisé de campement de base aux randonneurs venus voir les ruines. Je m'accorde 2h pour me doucher, manger et me reposer avant de repartir.
Apres 40 minutes de montée, j'arrive sur des ruines désertes. Pas une présence humaine aux alentours. Une énergie incroyable se dégage de ces lieux. Je profite de cet instant où mon premier but vient d'être atteint, car je sais qu'i faudra rapidement continuer, la route est longue avant ce soir. "Tout là-haut, quand les ruines s'arrèteront, tu devras suivre le canal, le longer à travers la végétation dense jusqu'à trouver le chemin pour le Machu Picchu..."
Soit, soit, cherchons puis suivons ce canal...
Il est déjà tard quand je quitte les ruines que des gens ont rejoints. Alors que tout le monde rentre après cette visite de Choquequirao, je poursuis mon chemin. Je suis Robinson Cruzoé, je me fraye mon chemin dans cete jungle. Je saute, escalade ou rampe pendant une bonne heure, jusqu'à arriver en haut d'une montagne. Au beau milieu de la Cordilière des Andes, la vue est saisissante ! !
Il est déjà tard et je dois redescendre au niveau de la rivière qui coule en contre bas et que j'aperçois à peine. Je sais que j'y arriverai, mais je sais aussi qu'il fera nuit depuis longtemps quand je planterai ma tente. J'attaque cependant joyeusement la descente, content d'être là où je suis.
Les heures passent, la nuit tombe et parfois mon attention faiblit ce qui me conduit à descendre quelques mètres sur les fesses. :-) Le moral reste bon. Il fait nuit noire, et ma frontale me laisse voir les yeux des animaux nocturnes. Je croise notamment une mygale sur le chemin.
Je pense que je ne me suis jamais autant parlé que pendant cette descente. J'ai évoqué tous les sujets qui me venaient à l'esprit et globalement, je suis d'accord avec moi même :-). Il est tellement rare aujourd'hui de se retrouver seul, vraiment seul, que j'en ai profité au maximum pour me retrouver.
Vers 19h, j'entendais enfin le bruit du torrent et vers 20h, j'arrivais en face... Plus qu'à le traverser... Hélas, sans lumière décente, il est difficile de trouver le ponton ou les pierres sur lesquelles sauter pour le traverser. Quelques essais infructueux avant de me transformer en trappeur des bois et de flairer la piste en suivant les crotins de mûles (car si crottins il y a, pont ou ponton il y aura!) Je ne me suis donc pas trompé, il y avait un ponton peu visible de nuit un peu plus haut.
J'arrive au campement après 3h de descente ereintante. Mes jambes me portent à peine. Je décide tout de même de me laver dans la rivière. Mes tongues glissent et je manque de tomber avant même d'atteindre l'eau. Je choisis un endroit sécurisant pour me laver. L'eau est très fraîche et me fouette le sang. Dans ma fatigue je laisse tomber mon unique savon dans l'eau, chose classique dans une baignoire me direz vous... Oui mais ici la situation est toute autre. Il fait nuit noire, je suis seul dans un lieu difficile d'accès, je suis mort de fatigue, nu dans de l'eau gelée et pour couronner le tout, je viens de faire tomber mon unique savon dans la rivière et déjà le courant l'emporte...
L'espace d'une seconde je me suis vu plonger dans l'eau pour le rattraper avant qu'il n'atteigne des rapides, puis la sagesse à pris le dessus !
Voila comment peuvent arriver de stupides accidents, je venais d'y échapper de justesse, car à ce stade là, je n'étais plus capable de réfléchir clairement... 
Je m'installe dans le hauvent pour manger quand je me rends compte que je suis installé sur une fourmilière de fourmis rouges minuscules.. Grrr Décidément !. Je m'enferme dans la tente, me mijote une énorme assiète de pates car demain j'aurai besoin d'énergie. Plus d'une journée de montée m'attend.

Le lendemain, je petit déjeune d'une double ration et attaque la montée. Il est 7h30. Pendant 4h, je ne croise personne. La montée est très pentue. Le chemin m'offre deux possibilités. À gauche, rien de visible, le chemin s'enfonce dans la végétation; à droite, j'aperçois de l'herbe et un semblant d'enclos. Je me dirige à droite esperant arriver à un village et remplir mes rations d'eaux qui diminuent à vue d'oeil. Hélas, ce village est désert. Là encore, je me crois dans un jeu vidéo. Je suis dans un ancien village désaffecté où la seule source d'eau est croupie. Le chemin continue plus haut par delà le village, mais il ne m'inspire pas confiance.
Je décide de revenir sur mes pas et prendre le chemin de gauche par pure intuition, même si celui-ci semble se perdre en contournant la montagne. Après une heure de marche, le chemin est a été recouvert par un éboulement de terrain et personne n'a encore marché sur ces pierres fraîchement tombées. Je m'interroge. Il est trop tard pour faire demi-tour et l'autre chemin n'est pas plus sûr. J'avance prudemment et retrouve le chemin après le pierrier.
Une autre heure de marche et il est à présent 14h quand je me déclare officiellement perdu !
Pause barre de céréale. Le Mac Gyver qui somme en moi se réveille. Je sors ma carte IGN, ma boussole et je réfléchis. . .
A peine une minute plus tard, du bruit dans la végétation devant moi... Puis une tête de vache sort des branches, puis une deuxième... Nous sommes aussi étonnés l'un que l'autre. Trois secondes de réflexion, puis je replie mon kit de Mac Gyver et je décide de suivre les vaches. Cet animal connu pour être domestique, devrait en toute logique m'amener vers un village, une cabane ou un berger...
Croisage de doigts.
Nous marchons 15 minutes et enfin alors que je commençais à m'imaginer arriver dans un village de rêve, niché dans les nuages, j'aperçois des huttes. . .
Je suis "sauvé" !
On m'accueille à bras ouverts.
Les hommes semblent affairés à se reposer, tandis que les femmes vaquent à leurs occupations.
Cet improbable village est pour moi d'un grand réconfort ! Je décide de passer une journée dans ce lieu atypique et profiter de la vie dans ces montagnes perdues au find fond des Andes.
Je plante ma tente et la vie suis son cours paisiblement ici. La plus petite fait ses devoirs, la moyenne embête le chien qui dort et échappe de peu à la morsure, la plus grande lave des habits plus que troués et déchirés dans une eau quasiment noire, tandis que la mère tisse une couverture de couleur resplendissantes. Les hommes ont à présent desertés le villages et sont partis travailler aux champs.
À Maissal, il y a de tout. Poules, cochons, dindons, chèvres, vaches, taureaux, hamstères... Une faune diversifiée pour subvenir à leur besoin en pure autonomie et une flore tout aussi riche. Je goute avec délice au café de Maissal !
Et les toilettes... ! !
Je n'ai jamais vu de toilettes avec une telles vues. Ce banal trou dans le sol fait face aux Andes grandioses . Amateurs de BD sur le trône, ici vous changeriez vos habitudes à coup sûr ;-)
La nuit tombe, les poules picorent ma tente pendant que je m'installe à la table des hommes dans la cabane où le seul foyer sert de cuisinière et de lampe. Nous discutons. Les femmes s'occupent de remplir nos assiettes. Repas délicieux et moments purement magique où toute notion d'appartenance matérielle s'efface devant la simplicité de cette vie.
Le soir je corrigerai les excercices de math de la petite devant les sourires de toute la famille.
Leçon 4: Leçon de vie loin du confort matériel, où comment être heureux avec rien. .

Le lendemain, la brume semble avoir envahi tout l'univers. Je sors de ma tente et évolue dans un nuage. Je m'active et me prépare un bon petit déjeuner avec des oeufs frais, alors que le groupe arrivé hier dans la nuit se fait reveiller par un jus de fruit déjà préparé...
Nos visions du treck semblent s'opposer. Alors que je suis seul et porte tt sur mon dos, le groupe arrive accompagné de 3 mûles pour tout porter, un muletier, un guide et ... un cuisinier !
Je décide donc d'avancer le plus vite possible pour mettre de la distance entre nous.
J'avance dans une brûme épaisse, les toiles d'araignée décorées de rosés viennent se rompre sur mon visage, mes jambes. J'avance en repensant tout de même à cette histoire d'ours à lunettes, espèce qui évolue dans la région... Il est tôt, j'avance sans bruit... je pourrais en croiser un, je reste sur mes gardes.
Et inévitablement, qq minutes plus tard, j'entends un bruit franc dans les buissons en bordure de chemin. Je stoppe net et commence à faire du bruit pour effrayer l'ours qui se cache derrière la végétation. Et bien entendu, c'est une fois de plus, une tête de vache qui sort des buissons... OUfff soulagement.
Je continue ma montée. La brûme s'est levée. J'entends des voix derrière moi et je sens que le groupe est en train de me rattraper. Inconsciement, j'accélere, car j'estime avoir mérité d'arriver au sommet de cette montagne le premier.
Cette décision est stupide et illogique vu l'inégalité de la "course", mais je tiens tout de même à y parvenir avant eux et j'estimerais même injuste de les voir gravir cette interminable montée et d'atteindre le sommet avant moi.
Je sacrifie les pauses, je grignotte en marchant, je ne dois plus m'arrêter. 
Inévitablement, ils me rattrapent. Malgré le sentier difficile d'accès, les mûles ne semblent aucunement peiner et je dois les laisser me doubler à bon train. J'enrage et accèlere encore mon rythme.
L'air manque d'oxygène, je respire de plus en plus vite et je sens mon visage rougir d'effort. Au détour du chemin je les retrouve assis en pleine pause. Je garde alors mon rythme et reprends la tête.
Je n'aperçois toujours pas le sommet. Chaque virage est pourtant porteur d'espoir... "Le prochain, c'est le bon" me suis-je répété une dizaine de fois. Mais ici, les virages sont comme les trains chez nous... ils en cachent toujours un autre.
La montée est tres rude et voilà plus de 4h que je marche. Mes jambes ne me portent pratiquement plus.
J'aperçois au loin, très loin ce qui ressemble à la fin de mon supplice: le sommet !
Le groupe a repris la marche et le cuisinier grimpe en tête. Je sens sa présence à quelques dizaine de mètres de moi. Si près du but, je ne peux plus me laisser dépasser. Mon corps a atteint ses limites, je suis physiquement crevé et mes épaules me font souffrir.
Alors que je m'effondrerais volontiers, je me sens sortir de mon corps. La douleur est là, mais un sentiment plus fort me fait avancer. Je ressens ce que doivent ressentir les marathoniens à quelques km de l'arrivée. On a tout épuisé, mais on doit continuer, on le doit car notre cerveau nous l'ordonne. À ce moment là, ce n'est clairement plus mes jambes qui me font avancer, mais ma tête. Je viens de découvrir le pouvoir de l'esprit sur le corps.
Je m'encourage à avancer, je me sens même accelérer à la vue du sommet. Je me vois en train de soulever mon sac pour me soulager du poid. Je me sens fort, increvable, je veux y arriver et je sais que j'y arriverai, je suis imbattable, je sautille à présent de pierres en pierres. J'ai l'impression d'être un taureau, les branches m'accrochent et cèdent, je pourrai trainer n'importe quoi, j'avancerai aussi vite.
J'ai bientôt 28 ans, je marche depuis 5 h quasi sans pause, avec mon sac de 20kg sur le dos, nous sommes bientôt à 5000m, je respire mal, ne connais pas le terrain, mais je veux arriver et je sens que je suis en train de réussir. L'écrat se creuse avec le cuisinier.
Il n'y a rien de mystique à tout ca. Je suis à présent juste bourré d'énergie.
Hop, hop, hop, je sautille les derniers mètres, commence à apercevoir l'autre côté de la montagne, plus que 5m, 2m et je jette mon sac par terre, enlève ma chemise tout en hurlant face au panorama magique qui se dresse en face de moi. 
ARGGGGGGGGHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH ! ! ! !
J'Y SUIS ARRIVÉ. Les nuages sont palpables et viennent me rafraichir.

Malgré cette course inégale, me voilà parvenu avant tout le monde... Un immense sentiment de fierté me traverse.
Le cuisinier me rejoint et me félicite.
Cette expérience me montre clairement la puissance inestimée de la force mentale. Bien qu'en bonne santé et de bonne composition, je ne suis en rien un athlète, mais je viens d'apprendre quelque chose de tres important.
Leçon 5: Lorsque ton corps aura atteint ses limites, c'est ton cerveau, ta volonté qui prendra le relais jusque au bout.
Pour me remettre de mes émotions, je savourerai des nouilles chioises du haut de ce point de vue spectaculaire avant de redescendre de l'autre côté.
Rien dans le reste ne sera comparable à ce que je viens de vivre. J'atteindrai des villages perdus, mangerai un hamster, observerai le vol tranquille d'un condor, quelques descentes, quelques montées, je me baignerai dans des eaux naturelles chaudes, pour enfin revenir à la civilisation.
Là où tous les touristes prendront un bus pour rejoindre la ville où nous dormirons tous. Je marcherai avec le fameux groupe (devenu ami) le long de cette route ce qui rajoutera quelque 16km.
Fête au camping, on discute autour d'un feu du cuisinier qui bien emmêché poursuivait le guide avec un couteau dans le but . . . de le tuer tout simplement :-) (tt s'est bien finit rassurez vous).
Tout le monde décompresse, mais le chemin n'est pas fini.
Le lendemain, reste une petite 20aines de km dont 12 à parcourir en longeant la voie ferrée.
Ce chemin est délicieux. Malgré les pierres qui relancent ma cheville, j'avance dans un décor de conte de fées. Au loin le Machu Picchu dont j'ignore encore la présence, mais les monts se dressent brutalement vers le ciel en forme de pains de sucre.
Quelque temps plus tard, un matin, à 6h30, je serai surpris par la magie du Machu Picchu.
Alors que la brume se disperse sur le site, je foule du pied ce lieu ancestral.
Je me balade au milieu des lamas, en direction du Waynapicchu. Parti le 50ième, j´arriverai en haut le premier, sans forcer l'allure, grâce à mon entraînement.
J'essaye de puiser l'énergie du lieu, mais au fur et à mesure qu'affluent les touristes, je sens le Machu devenir muet. Je me contenterai de lire sur le sommet du Wayna.
Quelques heures à déambuler sur le site et j'attaque la dernière, l'ultime ascension, celle de la montagne Machupicchu, très peu frequentée et assez rude.
Une bonne heure de montée et me voila arrivé. Mon treck est à présent terminé, je suis sur la montagne Machupicchu, j'embrasse d'un regard tout le site. Vue à 360 degrés. Je me fais cuire mes dernières nouilles chinoises.
Une dernière vidéo et je redescends.
Voilà mon périple jusqu'au Machupicchu s'achève.
En moins d'une dizaine de jours, j'aurai parcouru 180 km à travers les Andes avec mon sac à dos, plus de 15 km de denivellés, mais j'aurai surtout tiré de précieuses leçon de vie. C'est finalement principalement dans des conditions "extrèmes" qu'on apprend à se connaitre, qu'on se découvre, qu'on s'étonne même.
Une petite pensee à Mike Horn, qui continue à m'inspirer.
Et une énorme bise à tous ceux que j'aime, mes amis, ma famille, ceux avec qui j'ai partagé des bouts de ma vie quels qu'ils soit. Je ne le dit jamais vraiment par fierté, mais je vous aime...

Pour la suite des évenements, je vais me reposer quelque temps à Cusco, avant de repartir pour la moiteur de la jungle et un périple que j'attends depuis longtemps avec impatience, l'immersion dans la jungle. . .
A bientôt
ArnO

Par ArnO - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires - Recommander
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